À propos de Élisabeth J. Lacelle

Détentrice d'un doctorat ès sciences religieuses de l'Université de Strasbourg, professeure émérite de l’Université d’Ottawa, Élisabeth Jeannine Lacelle (1930-2016), théologienne, a été consultante à la Conférence des évêques catholiques du Canada (1971 à 1984) et alors nommée présidente du Comité « ad hoc » sur le rôle de la femme dans l’Église (1982 à 1984). Cofondatrice du réseau Femmes et Ministères, elle fut une personne ressource pour la question des femmes et du christianisme.

Une Église en mal de réconciliation

Texte publié dans Veilleux, M. (Dir.), (2008).Transmettre le flambeau – Conversation entre les générations dans l’Église. Montréal : Éditions Fides et reproduit avec la permission de l’éditeur.

Elisabeth LacelleComment transmettre la foi que j’ai reçue en héritage et que j’ai vécue, engagée sur le plan théologique et pastoral dans une Église, certes remise en question sur bien des points, mais animée du souffle d’espérance qu’a été le concile Vatican II (1962-1965)? Sous une gouvernance restauratrice et centralisatrice, cette Église s’est repliée de nouveau sur elle-même, comme sur la défensive, dès les années 1980. On a fermé les fenêtres que Jean XXIII avait voulu ouvrir pour la rajeunir et l’aérer de vent évangélique. Au point que son témoignage de communauté de femmes et d’hommes intégralement sauvés en Jésus Christ, dans l’histoire et au cœur de la création, se trouve souvent et gravement compromis. Lire la suite

Difficile réconciliation évangélique – Un rendez-vous manqué

Pour l’histoire des femmes dans l’Église
1984 – 2014 : un 30e anniversaire

Elisabeth LacelleIl y a 30 ans, les 24-25 et 26 octobre 1984, le Comité ad hoc sur Le rôle de la femme dans l’Église et dans la société présentait son rapport à l’Assemblée plénière de la Conférence des évêques catholiques du Canada [CÉCC] dont il avait reçu le mandat. Ce rapport comprenait une analyse des attentes des femmes dans l’Église au Canada, des recommandations et un instrument de travail sous la forme d’un dossier d’animation; le tout dans l’esprit d’une invitation à la reconnaissance évangélique de l’autre dans son intégralité d’être humain réconcilié en Jésus Christ (Eph 2, 11-19). Lire la suite

Catherine de Sienne, femme de Parole

Catherine de Sienne 1Après avoir loué les écrits de Catherine de Sienne, son premier biographe Raymond de Capoue, o.p. ajoute :

Ils sont cependant peu de choses à côté de la parole vivante qu’elle nous faisait entendre. Le Seigneur lui avait donné une langue si bien instruite qu’elle savait toujours que répondre. Ses paroles brûlaient comme des torches, et nul de ceux qui les entendaient ne pouvait se dérober complètement à l’ardeur de leurs traits enflammés1.

Catherine a été une femme de parole: on peut même dire que toute sa vie a été parole et service de la Parole de Dieu, « office du Verbe » comme elle disait. 2

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L’AVENIR de l’Église passe par celui de la FEMME DANS L’ÉGLISE

Chers ami.e.s,

Merci de m’avoir invitée à me joindre à vous en ce dimanche après-midi.  Je vais vous faire part de mes réflexions et j’aimerai entendre les vôtres.  Vous n’êtes pas obligés de penser comme moi.  Je n’ai jamais demandé à mes étudiants, ni à mes étudiantes, de penser comme moi, mais de PENSER!

Le sujet que j’aborde est assez audacieux.  L’avenir de l’Église… En plus, que cet avenir passe par celui des femmes baptisées dans l’Église. Lire la suite

1971.  J’y étais, jeune.

Introduction

Est-ce une conjoncture des temps et de la condition des femmes? J’aurai été parmi celles qui auront connu de nombreuses « premières » pour les femmes à partir des années 1960. Le rassemblement de quelque 60 femmes à l’invitation de la Conférence des évêques catholiques du Canada [CECC] en avril 1971, pour fin de consultation, en aura été une, suivie d’un dîner avec les évêques pour leur faire part de leurs avis. Les participantes du groupe francophone m’ont confié la charge de les présenter, cela ne s’oublie pas. J’étais jeune théologienne, fraîchement diplômée de l’Université Saint-Paul et professeure à l’Université d’Ottawa. Lire la suite

À quand le printemps du peuple de Dieu qu’est l’Église?

Nous assistons, ces derniers mois, à un réveil d’humanité, Le printemps arabe a-t-on titré (Courrier international, 10 février 2011). Cet événement nous bouleverse.  Le peuple tunisien, puis le peuple égyptien et d’autres, femmes et hommes de tous âges et d’appartenance religieuse – des jeunes très majoritairement – se sont levés dans un mouvement populaire et pacifique.  Ils s’affirment sujets de leur histoire et réclament le droit à une condition humaine juste. «Les révoltes populaires qui agitent le monde arabe depuis plusieurs semaines se produisent dans des pays dont la population est jeune, mais qui sont menés depuis très longtemps par des dirigeants autoritaires et vieillissants, déconnectés des préoccupations de leurs peuples», lit-on dans Le Devoir (Lévesque, 5 et 6 février 2011). Fin mars, une première : dans un geste historique, 70% d’Égyptiens votent une série d’amendements constitutionnels. « Ils n’avaient jamais voté… ils n’avaient jamais véritablement choisi » (Truffaut, 23 mars 2011). Un improbable s’est produit : même une puissance mondiale comme les États-Unis ne s’y attendait pas. Lire la suite

L’Église, peuple de Dieu, peuple de baptisé-e-s

Si je vous pose la question : qu’est-ce que l’Église, que répondez-vous?  Au concile Vatican II, au cours des années 1962-1965, il s’est passé quelque chose en ce qui concerne la conscience que l’Église a eue d’elle-même :  elle a pris conscience qu’elle est le Peuple de Dieu, le peuple des baptisé-e-s, et elle l’a officiellement formulé en concile oecuménique, c’est-à-dire en assemblée des évêques venant du monde entier.  Lire la suite

La théologie des signes des temps : du Concile à aujourd’hui.

Mon propos n’est pas de définir la théologie des signes des temps, d’en faire l’histoire ou de la promouvoir. C’est la signification qu’elle a eue au concile Vatican II que je veux souligner. Selon K. Rahner, l’expression signes des temps (signa temporum) est «l’une des trois ou quatre formules les plus significatives du Concile, au cœur de ses démarches comme à l’initiative de son inspiration» (K. Rahner, « Les signes des temps » dans K.R. et al., L’Église dans le monde de ce temps, Paris, Mame, 1967, p. 97). Elle a eu comme impact d’ouvrir la conscience de l’Église à sa dimension historique de dialogue avec le monde. Je vais d’abord en rappeler l’inscription dans l’aventure conciliaire. Puis j’évoquerai ce que cela a signifié pour deux mouvements spécifiquement identifiés comme signes des temps, le mouvement œcuménique et le mouvement des femmes. Nous pourrons nous poser la question : cette conscience théologique et pastorale est-elle toujours aussi active dans nos milieux et dans la gouvernance de l’Église? Lire la suite