À propos de Olivette Genest

Olivette Genest, exégète de renommée internationale, est professeure émérite de la faculté de théologie et de sciences des religions de l’Université de Montréal. Ses champs de recherche : la sotériologie, la sémiotique et la lecture féministe. Elle une spécialiste reconnue pour la question des ministères des femmes en lien avec le Second Testament. Elle est l’auteure de « Le discours du Nouveau Testament sur la mort de Jésus » (PUL, 1995) et de nombreux articles.

Une relecture sous l’angle de l’exégèse biblique des arguments scripturaires utilisés par Rome dans la controverse autour de l’ordination des femmes

Texte d’une conférence présentée lors du colloque L’accès des femmes aux ministères ordonnés dans l’Église catholique : une question réglée en octobre 2006. Ce texte a été publié une première fois sur notre site et est d’actualité à la suite des récentes déclarations de François

olivette-genest-2Des perplexités d’exégète « de métier », des réflexes nés d’une longue familiarité avec l’Ancien Testament, le Nouveau et la littérature apparentée m’ont conduite à l’étude des textes pontificaux promulgués en réponse à la demande d’ordination sacerdotale pour les femmes. Deux affirmations posées comme évidentes ont surtout attiré mon attention :

1) la dite clarté des évangiles au sujet de l’ordination réservée aux hommes;
2) la conclusion qu’ont tirée Paul VI et Jean-Paul II : l’Église n’est donc pas autorisée à ordonner les femmes.

Cette clarté ne s’était jamais levée sur ma lecture personnelle. Lire la suite

L’ordination des femmes – recension

L’ordination des femmeJacob, Pauline & Nguyen, Thuy Linh, L’ordination des femmes, 
Dialogues no 1, Montréal/Paris : Éditions Médiaspaul, 2011.
Recension par Olivette Genest

Les Éditions Médiaspaul viennent de lancer en 2011 une collection nouvelle intitulée Dialogues. Elle s’ouvre sur le thème combien controversé de l’accès des femmes à l’ordination sacerdotale dans l’Église catholique. Les deux auteures invitées présentent « une réflexion de fond et non un simple exercice militant ». Deux positions différentes s’y juxtaposent. Elles offrent toutes les deux un exposé dense, fort bien documenté et dans une langue claire et de lecture agréable. Auquel  il faut laisser la parole et, à ses lecteurs et lectrices, le temps de la savourer. Lire la suite

Une question mal-aimée : l’ordination sacerdotale des femmes dans l’Église catholique

1-    Le donné expérimental d’un JE féminin

Née Olivette et non Olivier, j’ai grandi avec trois frères cadets, et sans sœur. Par la grâce de parents éclairés, nous partagions mêmes jeux, mêmes sports, mêmes contes et même régime scolaire catholique, études classiques inclusivement. Une surprise de taille m’attendait le jour où l’aîné de mes frères fut recruté comme enfant de chœur à la paroisse. J’appris du même coup que ce rôle était réservé aux garçons et que, première leçon sur la spatialisation du sacré, à l’église la « sainte table » divisait l’univers en deux mondes : celui de la nef et celui du sanctuaire où femmes et filles ne pouvaient pénétrer. Ce dont je n’ai jamais reçu d’explications; on n’explique pas les évidences, elles s’imposent d’elles-mêmes. Plus tard, mes études bibliques et théologiques ne feront que me raconter les exclusions successives des femmes à travers l’histoire des religions. Non pas leur « pourquoi ». Lire la suite

Femmes et ministères dans le Nouveau Testament

Avant la réponse, la question

Un sujet aussi piégé par la passion des controverses que l’accession des femmes  aux ministères d’Église ne peut se passer d’une réflexion préalable sur la façon de poser la question au Nouveau Testament. Telles questions, telles réponses. La question engendre la réponse, oui. Elle a aussi le pouvoir de la tuer dans l’oeuf ou de la plier à ses désirs en dehors de ce qu’elle nous apprendrait réellement. Lire la suite

Le poids du « genre » dans les fondements bibliques de l’exclusion des femmes du sacerdoce ministériel

Dans ses circonvolutions, le titre ci-dessus ressemble à la façon de créer les mots dans la langue allemande savante. Il s’éclaire si on le lit à rebours en décomposant ses éléments.

Sacerdoce ministériel : Comme tous les baptisés, les femmes possèdent le sacerdoce commun, dit royal d’après la formulation de la première épître de Pierre (1 Pi 2, 9). Il ne s’agira donc pas d’une réclamation de participation aux ministères en général, qui leur est déjà acquise, mais au ministère ordonné.

Exclusion des femmes : Dans les documents officiels du magistère, le sacerdoce est dit « réservé aux hommes ». Ce qui est privilège exclusif pour les uns devient exclusion pour les autres. La chrétienne serait-elle différente du chrétien ?

Fondements bibliques : L’argumentation des textes pontificaux justifiant la différence posée s’appuie sur un recours constant à la Bible, Ancien et Nouveau Testament, y compris dans la discussion du registre de la tradition et de l’anthropologie.

Le poids du genre : La catégorie du genre structure et les passages bibliques convoqués comme prémisses et la lecture qui en est donnée. Double poids, poids redoublé. Pour l’Église, pour la lectrice et le lecteur, double normativité ?

Les réflexions suivantes portent sur ce double niveau d’interprétation et de normativité. Elles sont proposées du point de vue de l’exégèse biblique, à titre exploratoire et dans cet ordre :

1.    Les fondements bibliques du NON à l’ordination sacerdotale des femmes;
2.    Le poids des arguments bibliques de la position pontificale;
3.    Le poids du genre dans l’argumentation et la conclusion magistérielles.

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Quand l’Écriture suggère ce qu’il nous reste à écrire sur le partenariat

Olivette GenestMon mandat dans ce Symposium consiste à « présenter un examen des textes bibliques controversés, utilisés dans le présent débat sur le statut et les relations hommes-femmes en Église ». On sait que «le présent débat» éclate surtout autour du partenariat dans la participation aux ministères et, principalement, à cause de conditions systémiques dans la structure de l’Église, autour de l’ordination sacerdotale. Nous pourrions rejoindre directement les textes-clés dans les documents ad hoc de Paul VI et de Jean-Paul ll, mais la problématique visée ici est plus large, fidèle en cela aux intentions de ce Symposium et à la Bible elle-même. Lire la suite

Paul à l’heure du féminisme

L’apôtre Paul a souvent été traduit en justice dans sa carrière. En Palestine, en Asie mineure, en Grèce, à Rome. Voilà un saint qui possède un casier judiciaire fort lourd. Relisez le livre des Actes et la deuxième lettre aux Corinthiens surtout. Vous le trouverez le plus souvent à la barre des accusés, parmi les condamnés, même parmi les exécutés où il est laissé pour mort. Parfois pour la bonne cause. Parfois à cause de haines plus sordides : pour avoir exorcisé une esclave possédée dont les maîtres tiraient un bon profit en monnayant ses dons divinatoires (Ac 16, 16-24), pour avoir menacé la prospérité des orfèvres d’Éphèse qui fabriquaient des répliques du temple de la déesse Artémis (Ac 19, 23-40)…

Carrière cahotante qui ne connaît guère de repos, même par-delà le martyre et la mort. Encore poursuivi par la rancœur de ses frères les Juifs, voilà maintenant que Paul comparaît devant les fées, des fées assoiffées. Sous le chef d’accusation : mâle chauviniste, super-phallocrate, responsable de vingt siècles d’oppression des femmes dans l’Église. Son œuvre théologique entière en est rayée. Il n’est pas rare de lire des affirmations comme celle-ci : « quelle pertinence peut avoir l’apôtre Paul à l’heure du féminisme! » Lire la suite